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Vanitas ou la nature morte en équilibre
Il a déjà été dit, à propos de Jean-Yves Moirin, à quel point il était attaché à l’idée d’écriture de la lumière et à l’histoire de l’art, dont il aime assurément faire résonner certaines formes dans le champ de la photographie contemporaine. En proposant un deuxième chapitre à sa série “Vanitas”, il réaffirme son goût particulier pour la nature morte qu’il a, semble-t-il, à cœur de traiter au sens propre comme au figuré.
Pour ce faire, il a choisi comme sujets privilégiés des fleurs en train de se faner. Dans ces moments où la flétrissure se substitue à la plénitude presque charnelle, sinon érotique, de la forme, qu’aiment à capturer certains artistes comme Pipilotti Rist, Fischli & Weiss ou Araki Nobuyoshi. Définitivement, ce n’est pas cet état resplendissant, presque incandescent, qui retient l’œil et l’attention de Jean-Yves Moirin mais le caractère transitoire et éphémère du monde, la fragilité de la vie, qui se cristallisent élégamment dans les fleurs, si vite altérées quand le temps passe sur elles. Cette nature en train de s’éteindre offre à l’artiste une gamme étendue de couleurs, de textures et de configurations qu’il est urgent de figer par l’acte photographique, avant que n’adviennent la perte définitive et la fanaison irrémédiable. Quand les pétales ourlés se plissent et se recroquevillent encore et que les teintes virent, jaunies, ternies ou assombries. Ce sont ces dégradations que Jean-Yves Moirin capte, interrompant ainsi le cours de la catastrophe annoncée en autant d’instantanés, qui fixent une existence en devenir. Dans l’atelier ensuite, c’est en alchimiste du réel qu’il manipule ces images, notamment dans le rapport de la forme et du fond.

 
 
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Depuis le milieu des années 2000, les travaux photographiques, mais aussi les court-métrages, de Muriel Bordier s’inscrivent ouvertement dans une déconstruction satirique du paysage humain. Situés dans un contexte dont Dominique Baqué, dans son essai L’extrême contemporain (Éditions du Regard, 2004), souligne les problématiques conjuguées de l’objectivisme sérieux issu de l’École de Düsseldorf et du subjectivisme revendiqué comme tel, ils se développent selon un parcours conceptuel où les séries récentes des Espaces muséaux, des Open Space et des Thermes instruisent une critique de l’imaginaire contemporain des lieux publics. Des mises en scène spatiales de nature futuriste y dominent la représentation humaine de leur gigantisme, remettant en jeu la lecture architecturale du modernisme, suivant un protocole qui rappelle les scénographies des films de Fritz Lang et de Jacques Tati. Expressionnisme de l’un, caricature minimaliste et ironique de l’autre. Il s’ensuit l’impression d’assister à des voyages burlesques en territoires lilliputiens, à la fois drolatiques et gagnés d’effroi, sous la pression des diktats impérieux de tel white cube aveuglant de lumière, de telle configuration spatiale déshumanisée en entreprise, de tels bassins aquatiques conçus à l’instar d’artificielles cathédrales de purification des corps. Telles les pièces d’une nouvelle Alphaville, moins soumise à polémique que guidée par un humour désenchanté, les images de Muriel Bordier tissent progressivement les mailles anthropologiques d’une cité dystopique - baignée de solitude, irriguée d’absurde, accompagnée de la vision acidulée et clinique d’une métaphysique du vide et du non-sens.

Lise Ott

 
 
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Au premier regard, ce qui saisit le spectateur face à l’ensemble des photographies de Soraya Hocine présenté à la Galerie Gabrielli, c’est le sentiment de solitude et d’isolement qui se dégage de chacune d’entre elles. Sans doute est-ce là que se logent la vacuité, le vide ou le manque, portés par le mot de Mauriac Chacun de nous est un désert...

Manifestement, c’est bien sous le sceau de la figure seule que se place ce projet Opium. La pensionnaire du foyer baignée d’un rai de lumière très hopperesque qui nous tourne le dos, un résident qui se soustrait un instant au monde en fermant les yeux, le livret de famille posé au centre d’une nappe en crochet, l’abat-jour de dentelle suspendu et perdu sur un fond de lambris, l’arbre enneigé ou encore celui qui se dissout dans le brouillard sont autant de sujets choisis par l’artiste pour incarner l’idée de désert. De déréliction peut-être.
Le médium photographique est certainement le plus approprié dans cette intention car il est celui qui cadre, qui isole, tout en révélant par le découpage du monde qu’il propose. Cela ne saurait toutefois suffire pour qu’une figure esseulée puisse pleinement habiter l’espace d’une image. Car sans attention soutenue aux êtres et aux choses, sans mises en scène et en lumière finement élaborées, nulle situation humaine quotidienne et nul objet banal ne pourraient être transfigurés comme ils le sont dans le travail de Soraya Hocine.
Cette dernière a, en effet, cette capacité à déceler dans le réel ce qui d’habitude échappe à notre regard, par son éloignement géographique ou social, et à nous le soumettre avec délicatesse. Elle a l’art de montrer ce qui ne nous est pas familier, ou ce qu’il y a derrière les murs, en des instants de grâce et de dignité. Qu’elle photographie les résidents d’une pension de famille d’une fondation d’utilité publique, qu’elle s’approprie par le corps et le regard un ancien pavillon d’un hôpital psychiatrique ou qu’elle montre les coulisses d’une revue du Lido, elle insuffle dans ses sujets douceur et quiétude, grâce à la bienveillance de son regard et sa prévenance. Comme si de son œil et de son appareil, elle caressait le monde pour en saisir l’essence la plus profonde, la plus vraie. Jamais volées, ni arrachées à des vies, les images de Soraya Hocine ne portent nullement la trace de l’intrusion ou de l’obscénité. Elles sont juste des éclats de sincérité et de grande humanité.

C’est par des choix plastiques et techniques d’une grande cohérence que Soraya Hocine met en partage sa sensibilité, dans un ralentissement du rythme du monde et dans la cristallisation de ce qui constitue son existence comme son essence. La mise en espace des photographies de cette série Opium, chacun de nous est un désert finit assurément de servir son propos en faisant converser les images et en nous invitant, en tant que spectateurs, à une rencontre avec ce qui nous est étranger. Cette expérience forte de l’altérité pourrait se faire dans le murmure d’autres mots de Mauriac : « Et voici que reflue, en ton cœur apaisé la pieuse et souffrante humilité des choses ».

 
 
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C’est la galerie annie gabrielli qui a fait découvrir le travail de Shannon Guerrico en 2012 avec Whispers. Suivirent Libre et sauvage (2013) et enfin Sortir du cercle des coquillages (2014), premier volet d’un travail qui prend appui sur les notions de mystique, de fétiche et de surnaturel au sens large. Shannon Guerrico s’est construite une sorte de mythologie personnelle favorisée par ses origines irlandaise et argentine.
En 2015, sélectionnée par la Fondation Leenaards à Lausanne, elle réalise une résidence en Islande sur deux saisons (2015 et 2016).
Elle continue ses petits arrangements avec le surnaturel et présente Bifröst, deuxième volet, où elle exprime, d’une certaine façon, un chemin inverse : elle part du concret de la tradition, du paysage, de l’architecture pour évoquer l’invisible.
Si chaque série traduit un lieu et un moment différents, l’ensemble du travail de Shannon peut se lire comme une géographie de la mémoire.
Bifröst, littéralement « chemin scintillant », le nom de l’arc en ciel dans la mythologie nordique (le pont entre la terre et le ciel), revisite l’archéologie d’un imaginaire ancestral et nous plonge dans une légende originale, entre jeux d’échelles et simulacres, entre folklore et autobiographie.
Pour cette exposition, Shannon Guerrico tente une nouvelle expérience toute personnelle, renouvelant le genre photographique prédominant dans son travail. L’exposition présente un ensemble de photographies, de papiers peints, collages, sculptures et un livre d’artiste réalisé par les éditions du petit o.



Laissons place aux esprits !

 
 
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C’est la galerie annie gabrielli qui a fait découvrir le travail photographique de Jean-Yves Moirin. L’exposition de 2012 s’intitulait Une obscure clarté, celle de 2014 Vanitas.
Ce qui attire l’artiste, ce sont les potentialités de la lumière, principalement lorsque cette dernière est en lutte avec l’ombre, le sombre, voire l’obscurité. Pour lui, photographier c’est « peindre avec la lumière » et les leçons que nous donnent les peintres des siècles précédents sont sans limite.
Aujourd’hui, tout le monde « fait » des photos mais la vulgarisation de cette pratique, portée par le bond en avant des technologies numériques, ne doit pas nous faire oublier ce qu’il est advenu de « la photographie ».
L’image, qu’elle soit peinture, photographie ou autre, traduit les pouvoirs de l’imaginaire qui au-delà du monde d’illusions tire parti de la perturbation de nos sens pour briser les apparences de notre réalité quotidienne.
Pygmalion et Galatée questionne la réception de la beauté. Elle suscite d’étranges perceptions, troublantes et déstabilisantes, guidant le regardeur sur d’autres chemins, vers d’autres possibles, proposant de nouveaux passages... L’ombre désigne l’objet tout en ouvrant la voie au doute et à l’imaginaire.

Pygmalion et Galatée sont à prendre comme une actualisation des formes d’art du passé dont les références picturales sont mises en scène par la photographie. Les mythes auxquels il est fait référence ici ne sont pas nécessairement à prendre au pied de la lettre. Ils sont autant de motifs poétiques et imaginaires susceptibles de nous parler de la vie et de la pensée des hommes. L’événement est hypothétique, l’œuvre est ouverte.

Jean-Yves Moirin

 
 
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Mais que propose donc Yvon Bobinet derrière le titre choisi pour sa nouvelle exposition ?
S’il semble bien évoquer l’apparence et la ressemblance tout autant que les faux-semblants et l’artificialité, qu’y a-t-il derrière la façade des mots et des images ?

L’artiste présente différents ensembles (Boîtes aux lettres, Mains et Humeurs) qui ont en commun de renouveler notre manière de voir le monde, tant dans les modalités de perception que dans les sujets traités. Ainsi architectures, mises en scène dans des boîtes aux lettres ou corps fragmentés saisis dans des gestes, des postures expressives, prennent-ils forme dans des anaglyphes, des stéréogrammes et autres procédés permettant une traduction du réel en relief.
Si Yvon Bobinet renoue, par là, avec les premiers temps de la photographie et convoque, depuis de nombreuses années, des modes de fabrication d’images et des dispositifs de vision stéréoscopique, ce n’est pas pour envisager la photographie comme le lieu de la technique mais bien pour révéler la poésie du monde.
Dans son travail de composition et d’arrangement avec le réel, il transcende la banalité des choses en proposant des configurations inédites : différentes échelles coexistent dans une même image, la stabilité se noue à la destruction dans l’espace urbain, les scènes et les objets se combinent, se superposent et s’articulent en dehors des logiques communes. Un intérieur de boîte aux lettres abrite ainsi une branche, une pomme et une huître devenant l’écrin insolite d’une nature morte ; il devient, dans une autre image, le lieu d’une scène de crime avec une bobine de ficelle et un nid d’oiseau. Dans une autre photographie encore, les arcades, qui rythment l’architecture, se peuplent de mannequins de couture, non sans rappeler la peinture métaphysique de Giorgio de Chirico. Fil rouge de la démarche artistique, la mise en présence inattendue d’éléments empruntés au réel précipite des rencontres visuelles, et permet à Yvon Bobinet d’orchestrer le monde qui nous entoure, au gré de ses envies, et de ses coups de folie peut-être.
Les procédés de vision stéréoscopique sont alors un moyen pour lui, ordonnateur du réel et démiurge d’images, d’immerger le spectateur dans ces nouvelles réalités et de lui proposer de se les approprier de manière intime et personnelle. De le faire plonger corps et yeux dans des univers façonnés, tout à la fois intriguants et fascinants, matérialisés et pourtant virtuels, plus vrais que nature bien que fabriqués de toutes pièces...

Dévoilant et révélant la nature de notre vision et les potentialités sensibles de la réalité immédiate, Yvon Bobinet, par le feuilletage des images qu’il crée (re)lie l’espace physique du monde et l’espace mental du spectateur, et l’invite, par là même, à regarder derrière la façade. Manière pour l’auteur de rejouer De l’autre côté du miroir peut-être, mais aussi de se jouer de la capacité de la photographie à capturer le réel de manière objective. Airs de façade sonne véritablement comme une musique visuelle au-delà des apparences et des refrains connus... Voilà qui pourrait entrer en écho avec le mot de l’artiste « Je ne cherche ni à trouver des réponses, ni à en donner, encore moins des vérités ».

 
 
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Humaines, trop humaines est le titre retenu par la galerie Annie Gabrielli pour sa première exposition collective in situ, déclinant ainsi au féminin pluriel l’Humain, trop humain de Friedrich Nietzsche, recueil d’aphorismes sur l’Homme et contre l’idéalisme, et hommage à l’esprit libre qu’était Voltaire. Nécessité est alors de se demander ce qui lie les cinq démarches artistiques mises en présence et cette citation philosophique. Il semble a priori fortuit de trouver un dénominateur commun à ces démarches tant leur aspect se révèle protéiforme.

Au travers des photographes choisies, ce sont deux continents qui sont représentés, l’Asie (Chine et Japon) et l’Europe (Belgique et France), irrigués par des propos différents qui, toutefois, se recoupent par endroits. De la sorte, la question de l’intime se cristallise par le biais du journal chez Annabel Werbrouck (Journal d’une femme à Berlin) et par celui du souvenir et de la remémoration dans le travail de Delphine Sauret ; celle du document est partagée par Kyoko Kasuya et Morgane Gille. Alors que la première, en écho à la catastrophe de Fukushima qui a meurtri son pays, abolit les frontières et les distances en proposant un ensemble de clichés, accompagné de textes, sur les paysages avoisinant les sites nucléaires français (La Zone), la seconde s’empare de documents d’archives sur un quartier de Nîmes pour produire des images recomposées et hybrides, qui mettent à mal la vér(ac)ité portée par la photographie, et qu’elle présente sous forme d’ouvrage. Le travail de Wang Pei, quant à lui, se situe dans le voisinage de celui d’un socio-ethnologue critique. En effet, la mise en regard et en scène de photographies de mariages chinois témoignent de leurs permanences, et des codes qui les innervent (La vie similaire), tout autant que des écarts qui existent entre vie quotidienne et parenthèse lisse et idéale du jour des noces (La vie parallèle).
Mais, qu’il s’agisse de travail intimiste, de travail de type documentaire ou de travail plasticien, chaque aspect participe à une même intention : s’interroger sur la création et le médium photographique. La légèreté du sujet de Pei Wang se teinte de gravité dans la sérialité, la déshumanisation des photographies de Kyoko Kasuya trouve une incarnation dans la voix de l’auteur, l’objectivité de l’archive se charge de facticité dans le traitement de l’image avec Morgane Gille, l’autofiction de Delphine Sauret devient universelle par les choix techniques et plastiques effectués, et le récit porté par les instantanés de vie de la série d’Annabel Werbrouck résonne bien au-delà de la femme berlinoise qu’elle a choisie pour héroïne anonyme.

Dans la galerie, d’un mur à l’autre et d’un ensemble à l’autre, ces voix individuelles et personnelles se croisent, se répondent et se complètent dans une conversation qui s’inscrit pleinement dans les préoccupations de la photographie plasticienne contemporaine.

 
 
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Après les 7 métamorphoses, série proposée en 2013 par Sabine Meier, la galerie présente Portrait of a man qui a fait l’objet d’une exposition au MuMa (Musée André Malraux du Havre) fin 2014 et qui doit voyager vers New-York en 2016 et Saint-Petersbourg en 2017.
Il s’agit d’une œuvre photographique constituée de trois parties : un ensemble de quatre-vingt-six photographies, un livre-catalogue et un diaporama de deux cent cinquante images.
La galerie propose une sélection de ce travail.

En 2011, Sabine Meier a effectué une résidence (« Regards croisés ») à New York qui devait devenir le théâtre de Portrait of a man (Rodion Romanovitch Raskonikov) inspiré du roman de Dostoïevski, Crime et Châtiment, que l’artiste transpose de Saint-Petersbourg à New-York puis au Havre.
A New York, Sabine travaille en extérieur avec trois modèles dont celui du personnage de Raskolnikov. Au Havre, elle travaille en intérieur, construisant un décor dans son atelier comme elle l’avait fait pour les 7 métamorphoses.

 
 
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L’exposition réunit différents pans du travail du plasticien Alexandre Gilibert. Dessin, vidéo, photographie, gravure, gaufrage, livre d’artiste sont ici mis en présence pour tenir, tour à tour et tous ensemble, un propos sur le paysage. A un fragment de nature traité au pastel sec répond une série de Villes fantômes en lavis d’encre de Chine, qui résonne avec un plan à la blancheur éclatante ou encore un long panorama dessiné.

Combinant dans sa pratique des processus d’ajout et de retrait, l’artiste suspend la saisie immédiate du sujet en tenant à distance la réalité familière. Brouilleur d’images et de cartes, il bouscule tous les codes de représentation de l’espace : avec lui, le plan devient dentelle, la carte se mue en relief et le paysage se résume à une ligne d’horizon. Plus loin, il distille l’étrangeté en donnant à voir des fragments de villes, rendues hostiles par les catastrophes et par leur traitement à l’encre qui finit de noircir leurs images désenchantées. L’humanité qui s’est retirée se lit dans les ruines et les vestiges comme sur les bâtiments décharnés. Dans ces instantanés graphiques se cristallise toute la fragilité de notre monde. Quand la vacuité dit la vanité et le caractère transitoire de nos existences. Ça a été...

Retenir ici le mot de Roland Barthes n’est pas anodin. Certes, c’est de photographie qu’il parlait. Or, curieusement, cette dernière n’est jamais très loin dans la pratique d’Alexandre Gilibert.

Co-commissaires d’exposition : Annie Gabrielli et Céline Ramade, chargée des collections du Musée Régional d’Art Contemporain de Sérignan.

 
 
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La galerie présente La transparence des possibles, regroupant plusieurs séries photographiques réalisées entre 1984 et 2014.
Olivier Rebufa vit et travaille à Marseille, reconnu depuis la fin des années 1980 pour ses mises-en-scènes mélangeant réel et artifices, autoportraits, maquettes, jouets dont notamment la poupée Barbie qui devient instrument d’expérimentations et de réflexions.
L’apparence d’un dialogue naît entre l’artiste réduit à la taille de son égérie et la poupée, parfait stéréotype féminin, qu’il tente d’humaniser et qu’il séduit. Barbie devient le symbole et le syndrome obsessionnels des fantasmes les plus fous dans lesquels Rebufa se perd. Il prend plusieurs identités, acteur d’une vie quotidienne idéalisée ou héros de l’Antiquité : Bellérophon chevauchant Pégase en compagnie d’Athéna (Barbie), Dionysos entouré de nymphes (Barbie), et pourquoi pas Robinson Crusoé rejoint par Vendredi devenu sujet féminin (Barbie), ou encore gardian, torero…
Nous sommes pris dans un jeu de séduction qui ne que s’adresse pas exclusivement à Barbie. Cependant, cet humour n’éclipse pas un sentiment de mélancolie. L’œuvre d’Olivier Rebufa s’apparente en effet à un journal intime où sont formulés ses doutes et sa quête d’une vérité dans le chemin d’une vie semée de petits cailloux, ceux du Petit Poucet mais aussi les pierres obstacles, les pierres de conjurations qui se mettent en travers de la route... Il s’agit d’une réelle interrogation sur la représentation, d’une critique sociale voire sociétale. « Mes poupées interrogent les critères d’une société, mes photos les frontières qui font les hommes et leurs vérités ».

L’exposition comporte également des radiophotographies avec Barbie, volailles et objets divers, des bronzes et des céramiques.

 
 
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C’est la seconde exposition personnelle de Corinne Mariaud à la galerie Annie Gabrielli.
I try so hard se situe dans la continuité de ses précédentes séries. Le travail de Corinne Mariaud repose sur une dénonciation de différentes formes d’oppression sociale, face aux stéréotypes concernant le féminin et le masculin, face à une contrainte et un abus de pouvoir. Elle interroge l’apparence et les formes imposées par la société dans un monde uniformisé. Mais davantage encore qu’une réflexion critique ou qu’une dénonciation féministe, son travail est une quête absolue d’identité qui se dessine à partir de ses propres observations.
Dans I try so hard, elle explore le sourire, celui qui peut exprimer la sympathie, le plaisir ou celui qui peut exprimer la gêne voire la peur. Chaque Smile est l’image d’une femme exagérément stéréotypée, une image d’apparence facile à situer au premier abord mais qui joue sur des ambiguïtés qui nous laissent glisser vers une sensation d’étrangeté et d’inconfort. Les images sont belles… comme une menace.
Corinne Mariaud réussi à capturer l’insaisissable, elle interroge le spectateur lorsque le sourire devient contrainte quand il dure dans le temps, lorsqu’il se répète à l’infini. Il se dégage des moments de tension, comme des arrêts sur image, que l’on perçoit comme un cri.

L’exposition regroupe photographies et vidéos.
Corinne Mariaud a filmé en plan fixe des mannequins qui sourient pendant une à deux minutes. Cette durée, qui se rapproche de la performance, est accentuée par le silence et par la participation de l’artiste à la souffrance des modèles. Le sourire se sclérose et devient vide de sens.
Dans ses photographies, présentées en tirages simples ou en caissons lumineux, le sourire s’étire et se fige comme un masque.

Smile : un sourire comme on l’attend d’elle, un sourire discret, un sourire de convenance, un sourire qu’elle va pousser à l’extrême, jusqu’à l’épuisement. Elle le fera ... c’est ce que l’on attend d’elle, mais comme un hurlement, un cri silencieux, comme un visage désaccordé... Et vous le sentirez grincer, beau comme une menace.

 
 
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Guillaume Martial commence son parcours artistique par des études de cinéma. Ses courts métrages sont primés dans plusieurs festivals en France et à l’étranger. Son travail photographique est remarqué dès sa première publication, Le petit garagiste en 2010. Lauréat du prix SFR Jeunes talents en 2012, il expose à l’Hôtel de Ville de Paris. En 2013, le Monde Magazine met à l’honneur son travail, il reçoit le prix du jury au festival MyProvence (Marseille-Provence 2013). Il intègre la nouvelle mission photographique du paysage : France(s) Territoire Liquide qui donnera lieu, en 2014, à une exposition au Tri Postal à Lille et à une publication aux éditions du Seuil. Il est lauréat pour le prix PHPA (Photo d’Hôtel Photo d’Auteur).

Les réalisations plasticiennes de Guillaume Martial reposent sur une réflexion sur notre environnement urbain en général et sur notre comportement en particulier. Guillaume Martial photographie ce qui nous échappe. Son travail se construit, dans le domaine de la photographie ou dans celui de la vidéo, comme un inventaire des détournements possibles de l’usage des créations urbanistiques, avec une certaine poésie et beaucoup d’humour...
L’artiste se met en scène, sa silhouette rappelle Monsieur Hulot, son univers celui des films de Jacques Tati. Il ne s’agit pas d’autoportraits mais plutôt de la représentation d’un corps-acteur qui bouscule la réalité. Guillaume Martial traite l’absurdité par l’absurde.
L’exposition comprend la série Modulor constituée de neuf photographies, d’une impression sur bâche et d’une vidéo, la série Parade constituée d’une quinzaine de photographies, trois photographies tirées de la série Marseille-Provence 2013 et trois photographies tirées de la série Les Halles.

 
 
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Sortir du cercle des coquillages... Voilà un titre bien mystérieux qui intrigue le spectateur tout autant qu’il l’invite à la rêverie. Il y a en effet comme un parfum d’enfance dans cette expression qui sonne et résonne comme une règle de jeu de gamins. Quand les objets incarnent tous les désirs, quand ils se dotent de pouvoirs et de vertus sur la simple décision de leurs auteurs. Quand, matérialisant la limite ou figurant la puissance, ils prennent une dimension magique, dépassant leur réalité immédiate et sensible, pour accéder à un univers de fiction et de féérie.

Dans la proposition de Shannon Guerrico, l’enfance est là, bien présente, notamment avec cette image de petite fille en prière, entourée de ses animaux, dans laquelle le motif du point coïncide par endroits avec la représentation initiale. L’enfance est là aussi, plus en filigrane, quand l’artiste évoque quelques souvenirs pour éclairer son propos et ses enracinements : les mythes qui habitent l’Irlande et les pratiques religieuses d’Argentine qui ont irrigué et traversé son existence.
Avec l’âge adulte, l’univers de Shannon Guerrico s’est nourri d’autres histoires et d’autres rites, en particulier le vaudou. Il en résulte des gestes et des actions, lier, entasser, substituer, isoler, accumuler, qui investissent les images et les objets d’une épaisseur spirituelle. Dans la simplicité de ces procédures, ancestrales, immuables et communes à tous les âges de la vie, la réalité quotidienne est transcendée, dans des jeux de détail, d’effacement et de dévoilement, des feuilletages et des configurations renvoyant aux offrandes et aux rituels d’ici et d’ailleurs.

Les petits riens s’articulent et se façonnent dans un grand tout empreint de poésie et de sacralité. Ainsi, la pierre, la mousse et le bois dialoguent-ils dans un totem naturel, écho peut-être de la pensée de Roger Caillois selon lequel “on a recherché non seulement les pierres précieuses, mais aussi les pierres curieuses, celles qui attirent l’attention par quelque anomalie de leur forme ou par quelque bizarrerie significative de dessin ou de couleur. […] (elles) possèdent on ne sait quoi de grave, de fixe et d’extrême, d’impérissable ou de déjà péri. Elles séduisent par une beauté propre, infaillible, immédiate, qui ne doit de compte à personne ”. Ou presque...

Alors, indéniablement et au-delà des apparences, la démarche de Shannon Guerrico dans l’ensemble de l’exposition est à l’image de l’acte photographique lui-même. Elle révèle le réel et le fixe. Proposition artistique protéiforme dans laquelle le banal se pare de mystère, “Sortir du cercle des coquillages” offre au regard des récits multiples, singuliers et pluriels, que chacun peut étoffer de sa propre expérience. Telles des traces du sacré, les pièces données à voir et à vivre agissent comme autant de déclencheurs de mythologies personnelles. Quand se nouent intimité et universalité.

Anne Dumonteil

 
 
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Composée de plusieurs séries thématiques, l’exposition de Vincent Leprévost offre un voyage poétique évoquant un cabinet de curiosités.
S’appuyant sur sa connaissance exceptionnelle des chimies archaïques du médium (gomme bichromatée, tirage chromogénique, papier albuminé, tirage argentique, cyanotypie et ambrotypie…), Vincent Leprévost se livre, par un effet surprenant d’expressions hétéroclites, à une réflexion singulière sur l’image photographique.
Inspiré notamment par les écrits de Jorge-Luis Borges, ce condensé de musée imaginaire est une façon de diriger le passé dans la contemporanéité (montage de captures d’écran, prises de vue numériques et fichier téléchargé, travail à partir d’un protocole de chimie trouvé sur « YouTube », image de synthèse…), d’orienter notre pensée sur la question de l’individu.Si l’utilisation du noir et blanc crée une distance avec la réalité dans une partie de son travail, la couleur nous renvoie à des stéréotypes sexués, à des artifices commerciaux et idéologiques dans une cohérence conceptuelle.
Ainsi l’exposition, sous la forme d’une constellation d’images, propose un regard photographique entre rigueur apollinienne et liberté dionysiaque.

 
 
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L’exposition regroupe une partie de deux séries réalisées par Mami Kiyoshi, ancrées dans un processus évolutif : Tropical Family et New Reading Portraits (série scindée en deux, l’une consacrée au Japon, l’autre à l’Europe). La galerie présente, en symbiose avec la production de Mami Kiyoshi, quelques photographies exécutées au Japon sous l’Ere Meiji (1868-1912). L’art de Mami Kiyoshi est de concevoir et de préparer avec soin une mise en scène en résonance avec le quotidien, la culture et les origines des portraiturés. La prolifération des objets qui constituent leurs univers est mise en relief par ses compositions. A nous, spectateurs, de saisir cette réalité déguisée tout comme l’avaient fait les Occidentaux du XIXe siècle devant les images de l’ « Ecole de Yokohama ». Ses membres travaillaient en studio avec des acteurs costumés, maquillés, souvent perruqués, un arrière-plan peint et un premier plan présentant généralement un objet traditionnel pour rendre compte d’une réalité pourtant déjà passée. De la même façon, les sujets de Tropical Family et New Reading Portraits (Japon) s’inspirent de la mise en scène traditionnelle issue de l’estampe : représentation de la vie ordinaire, portraits de prêtre bouddhiste, d’hommes et de femmes du quotidien...

 
 
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Pour sa deuxième exposition à la galerie Annie Gabrielli, Jean-Yves Moirin présente Vanitas, une série de trente-trois images poétiques qui suggèrent le caractère transitoire de la vie. Dans l’histoire de l’art, nature morte et vanité ont été essentielles, notamment à l’époque baroque ; Jean-Yves Moirin en propose une approche contemporaine.
Derrière la représentation d’iris au début de leur flétrissure se cache une autre « réalité » qui fait basculer notre regard entre réel et fantastique, dans un espace imaginaire majestueux, délicat, poétique, d’une beauté qui pourrait se suffire à elle-même.
Après « Une obscure clarté », exposée en 2012 à la galerie, Jean-Yves Moirin joue, dans un autre registre, à croiser de nouveau les domaines de la culture picturale dont il est imprégné et celui de l’image photographique, créant un effet trompeur.




 
 
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Les photographies de « Serai-je vivant demain plutôt qu’aujourd’hui ? », ont été réalisées sur le site de l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban-sur-Limagnole en Lozère, avant la démolition en septembre 2012 du « Peigne », bâtisse historique qui accueillit, entre autres, Paul Eluard et Tristan Tzara pendant la guerre. Soraya Hocine s’est immergée, sur une longue période, dans ce bâtiment. Les écrits qu’elle a découverts ont imposé sa représentation de l’aliénation. Le titre de l’exposition est tiré du cahier d’un patient.
Soraya Hocine se livre non seulement à une réflexion sur une communauté, mais se risque dans la quête de sa propre identité. Elle se projette physiquement – par l’utilisation de l’autoportrait – jusqu’à saisir son état interne. Elle se met en scène, dévoile son propre corps, s’empare d’un espace abandonné, brut, sans artifice, parvenant à créer une fiction poétique d’une grande sensibilité où la vulnérabilité de l’Etre et les murs se fondent dans un labyrinthe d’histoires enfouies.
L’exposition est constituée d’une trentaine de tirages FRESSON (couleur et noir et blanc) réalisés dans l’atelier éponyme, de renommée mondiale.
Soraya Hocine est une artiste qui vit et travaille entre la Lozère et Paris. Après des études en histoire de l’art, en photographie et cinéma, elle devient photographe indépendante et collabore régulièrement avec la presse. Parallèlement à cette activité, elle s’engage dans un travail plus personnel donnant lieu à des expositions en France et en Europe. Ses œuvres figurent dans des collections publiques et privées.

 
 
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La série 7 métamorphoses est constituée de 7 photographies de grand format, dont un diptyque. Elle décline diverses situations et forme une boucle, avec un début et une fin.
Mises en scène de manière théâtrale, les images montrent le photographe et son modèle – toujours le même – dans un décor austère et des poses hiératiques. Les lieux se réduisent à des signifiants architecturaux : un mur, une porte, une fenêtre, un balcon, un couloir et les accessoires se retrouvent d’image en image : une chaise, un rideau, une balustrade, un paysage, le cordon déclencheur de l’appareil. Nulle volonté de réalisme. Au contraire, l’abstraction des lieux semble plus de l’ordre d’un espace mental.
Néanmoins, très vite, on se heurte à des incohérences spatiales et narratives. L’impossible rencontre entre l’artiste et son modèle nous entraîne vers des situations troublantes. Le regardeur et le regardé, dont les positions parfois s’inversent, ne se voyant pas et pourtant l’un en face de l’autre dans l’image, ou dos à dos se voyant, par miroirs interposés. Ce que montre l’image n’est pas ce qui a été.
L’illusion du début fait place à un délitement de la représentation qui s’accélère d’image en image.
Au-delà du portrait, c’est la question du corps photographié que pose l’artiste. Un rapport érotique à trois composantes : le photographe, le modèle et l’appareil photographique. Ce qui rend la présence du modèle si désirable, c’est qu’il est le corps d’une image à venir.

 
 
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A l’occasion du festival Montpellier Danse, la galerie a choisi d’exposer une série photographique anaglyphe d’Yvon Bobinet intitulée Sur le devant de la scène.
Le procédé anaglyphe permet une lecture d’image en trois dimensions, par le biais de lunettes spécifiques qui servent à nous immerger dans une réalité virtuelle que constituent les différents plans. Sans ces lunettes «3D», la série présente une esthétique tout aussi surprenante, plus fantomatique. A première vue, il existe une adéquation entre la danse et la restitution qu’en fait Yvon Bobinet, mais à mesure que nous pénétrons dans son univers, nous nous apercevons qu’il dépasse l’illustration du thème, des gestuelles, et qu’il nous propose plusieurs lectures à la faveur d’images conçues comme des mises en scène, dans un bel équilibre. Yvon Bobinet réalise des juxtapositions d’éléments, recompose une ambiance de lieux urbains où il signifie son attachement à l’environnement : au spectateur de trouver les indices...
N.B : Leslie Henfrey-Smith a servi de modèle pour ce travail photographique. Formée en danse contemporaine au Conservatoire de Nantes puis au Centre Laban de Londres, elle danse aujourd’hui pour plusieurs compagnies : Cie Blanche, Cie Tadam ou Cie Maestria...

 
 
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L’exposition regroupe une partie de trois séries réalisées par Corinne Mariaud, Climax (2010), Je ne suis pas un homme (dénominateur commun des trois séries) et Trophées, ses deux derniers travaux.
L’artiste présente des œuvres dans lesquelles la femme affronte les apriori sur son sexe, de façon inattendue, provocante, parfois humoristique. Si de nombreux travaux photographiques traitent de la féminité, Corinne Mariaud s’écarte des représentations usuelles, elle détourne l’image idéale de la femme pour questionner le corps et les représentations féminines. Elle chasse un état intérieur, l’existence d’un vécu, s’implique dans ses modèles pour interroger sa propre féminité et son identité de femme dans la société. Dans ses Trophées, au-delà de la fascination pour la beauté que l’on capture et rend inoffensive, l’artiste met en évidence, de façon contenue, la fascination pour la mort, le trophée évoquant violence et mort.
Plus qu’une réflexion critique ou une dénonciation féministe, le travail de Corinne Mariaud est une quête absolue d’identité.
Corinne Mariaud vit et travaille à Paris

 
 
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Libre et Sauvage, série amorcée par une profonde réflexion sur la liberté conditionnée par notre rapport à la nature, a permis à Shannon d’engager un travail de recherche où les photographies s’ajoutent comme les maillons d’une chaîne, au plus près de ses images mentales. Son écriture est poétique et intense. Tout comme dans Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, elle nous plonge dans le Romantisme des terres balayées par les vents du nord, des formes grandioses et des personnages tragiques. Comme des personnages de roman rêvant à des jours meilleurs, nous tentons de nous échapper dans la lande. Les paysages, très picturaux, évoquent ceux de Sir Joshua Reynolds et l’un des portraits fait famille avec son Age de l’innocence (Tate Britain, Londres). Et comment ne pas penser également au moulin de Gustave Courbet et à Jo : la belle irlandaise dans l’autoportrait (ou plutôt l’autosuggestion) de Shannon ?
Au-delà de ces références, l’esthétique suggestive et l’utilisation de formats carrés de différentes dimensions (reliés de façon intuitive) insistent sur la complexité de notre relation à la nature et accentuent notre ressenti. Les êtres humains et les paysages sont mystérieux. Plus l’artiste les dévoile, plus ils sont impénétrables et moins nous en savons. Notre relation au monde, notre quête de liberté ne seraient-elles qu’illusion? Ces photographies sont-elles le reflet de notre vulnérabilité face à un monde libre et sauvage ?

 
 
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« Le sujet semble appeler le savoir faire qui lui est propre et tantôt le mouvement flouté incarne la danse, tantôt les postures joyeuses ou alanguies, saisies comme à l’arrachée, disent assez le plaisir du chant retrouvé.
Dans un univers qui se sature lentement de toujours graves images d’actualités, ou de recherche formelle et glacée, la distance débridée des œuvres de ce jeune artiste détonne dans le paysage classique de la photographie qui nous entoure et dit un secret joyeux qu’on aurait presque oublié depuis les grands maîtres : photographier peut être une activité aussi créatrice qu’euphorisante.
L’on peut aussi le dire plus simplement, Arthur Babel aime ses modèles et cela se voit. Rien d’étonnant alors qu’on visite moins cette exposition qu’on ne semble la fredonner.
Il y a, comme le disait Marguerite Duras, des « petites musiques » qui une fois rencontrées ne vous quittent plus. »

Laurent Devèze


 
 
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Artiste plasticienne polymorphe, Muriel Bordier a obtenu le Prix Arcimboldo en 2010. Ses réalisations témoignent d’une réflexion critique sur notre environnement en général et sur notre comportement en particulier. Son travail se construit, dans le domaine de la photographie ou dans celui de la vidéo, comme un inventaire de nos travers avec une certaine distance...
La série présentée par la galerie aborde, avec une pointe d’humour, les rapports entre l’architecture, l’accrochage, les œuvres et le public. Elle nous invite, à partir de maquettes photographiées, à découvrir une nouvelle façon de regarder cet environnement muséal par le biais de l’exagération des caractéristiques d’une architecture propre, épurée, immaculée. A travers une écriture photographique poétique, Muriel Bordier invente une ambiance aseptisée qui, à force de vide et de lumière, devient une vue de l’esprit, un espace immatériel, virtuel. Son point de vue transforme notre regard sur ces espaces muséaux : il ne sera plus tout-à-fait le même...
Faisant écho à cette série, la galerie présente également les dépliants « Bons baisers » et la vidéo « Tourista ».Les œuvres de Muriel Bordier sont présentes dans de nombreuses collections privées et publiques (Ville de Rennes, de La Rochelle, Conseil généraux, Fonds Régionaux d’Art Contemporain, artothèques...)

 
 
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« Une obscure clarté »

 « L’image photographique n’est pas le reflet d’une réalité prise au piège de \"l’instant décisif\" cher à Cartier Bresson, au contraire elle en devient la clef. L’intérêt est sa capacité à constituer un monde et d’aller au-delà du visible, voir les choses comme un monde transcendant le réel pour y discerner ce qui le taraude telles ces tensions contradictoires et permanentes entre perception et imaginaire. En photographie, le réel ne peut être perçu dans sa stricte littéralité mais toujours chargé d’interprétation. Elle dépasse le cadre de l’objectivité pour nous plonger dans un monde de la subjectivité. Tout apparaît en constante métamorphose. Les images photographiques exigent beaucoup de celui qui regarde. Qu’avons nous à faire de la lumière qui éclaire l’espace des évidences ? (...)
Par le truchement de ces photographies, l’ombre monte, étouffe la clarté et installe une inquiétante étrangeté. La lumière devient un phénomène insolite qui rend l’énergie aux corps et amortit la présence réelle des choses.Pour que la lumière agisse sur l’intimité des êtres et des choses, quoi de plus radical que l’ombre ? »
Jean-Yves MOIRIN 

 
 
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« JE VOUDRAIS VOIR LA MER »
Cet intitulé fait curieusement écho à la belle installation vidéo de Sophie Calle « Voir la mer » à la Chapelle du Méjean pour les Rencontres d’Arles. Ce conditionnel, formulé par un des interlocuteurs de la jeune artiste, Aysar Khaled rencontré au camp de Dheisheh en Palestine, introduit une distance critique en évoquant les conditions de survie dans ces camps : « Ils ont pris mon nom, mes contours et même mon âge
 Et je n’arrive plus à me souvenir de ma couleur et de mes rêves 
Et la houle m’a rejeté dans un lieu que l’on appelle camp
 Mais pour dire vrai je n’ai jamais vu la mer
de toute ma vie ».

Mouna Saboni revendique ses racines franco-marocaines, autant que ses études qui se sont d’abord matérialisées par un master en Management des Organisations Sociales et Solidaires avant le diplôme de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie obtenu cette année (2012). En lien avec ses premières études elle se rend en Argentine où elle crée une association avec des amis français et argentins pour aider les populations des bidonvilles en y faisant de l’alphabétisation, dans la Province de Buenos Aires. Sa vocation de photographe qui nait à ce moment reste aujourd’hui encore liée à ses actions militantes.
Ses portraits sensibles, comme ses paysages, témoignent avec respect et sans aucun sensationnalisme de la vie dans le camp de réfugiés de Dheisheh à Bethléem où elle est hébergée. Elle couvre aussi dans ces mêmes séjours les activités de Médecins du Monde et anime à Hébron un atelier photo pour enfants avec des appareils jetables.Ce travail dans sa diversité, mêlant portraits de mères de combattants et vues plus allégoriques de situations d’exclusion et de tension, se situe dans une pratique récente de fiction documentaire qui manifeste une vraie réflexion sur le rôle de l’image autant qu’un respect des personnes approchées dans leur individualité, un moyen modeste comme elle l’affirmait dans son mémoire de diplôme de « résister au désordre du monde ».

Christian Gattinoni

 
 
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Vladimir Markovic est né en 1955 à Belgrade, il vit et travaille à Paris. Lauréat du Mois de la Photographie de Paris en 1979, il est diplômé de l’Ecole supérieure de photographie artistique et de cinéma de Prague (F.A.M.U) en 1986.

L’exposition « Etrange et familier » regroupe deux séries, Survivantes et Correspondances secrètes.

Au début des années 1990, Vladimir Markovic photographie ce qui va devenir le cycle des Poupées, intitulé Survivantes. Il utilise des poupées trouvées, « blessées » par le temps, qui évoquent la mémoire des souffrances de la Yougoslavie et sa propre souffrance. Ce travail suscite une commande du Musée des Arts décoratifs de Paris.

C’est une partie de ce travail sériel que la galerie annie gabrielli a décidé de présenter. Vladimir Markovic met en scène les poupées anciennes de la collection du Musée, transférées dans différents décors. Il compose un univers étrange, quelquefois inquiétant, au travers duquel circulent nos souvenirs d’enfance, notre propre histoire…

Pour Correspondances secrètes, il s’agit de diptyques construits en deux parties inégales, l’une de plus grand format utilisant le noir et blanc permettant de se concentrer sur le temps qui passe, et l’autre de plus petit format utilisant la couleur, une façon de s’ouvrir sur le monde. Vladimir Markovic, pour appréhender le réel, procède par perceptions contraires mais complémentaires (noir et blanc-couleur, plein-vide, intérieur-extérieur) qui donnent une dimension énigmatique et sensible à son travail.

« Dans l’art japonais, il y a une expression énigmatique : le « Ma », qui désigne le vide, l’espace reposant entre deux sons, deux chocs, deux pensées... un lieu qui serait « rempli » de vide. Dans cet espace-temps, il se passe souvent beaucoup de choses, dans ce court moment on peut percevoir le sens de ce que l’on est et de tout ce qui nous entoure. Ce chemin de concentration autour des choses est une constante du travail photographique de Vladimir Markovic. »
Ivana Brezova, directrice de la revue « ReFoto », Belgrade, 2008.

 
 
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Mon travail consiste à créer des histoires. J’essaie, avec des photographies de type documentaire, de créer des séries qui me permettent de plonger le spectateur dans des atmosphères très précises.

Il est souvent question d’intérieurs et de la manière dont nous les habitons, des traces et des souvenirs que nous y laissons. Lorsque l’être humain est présent, il semble absent comme s’il habitait son environnement plus que sa personne, il erre tel un fantôme.

La série Whispers oscille entre fiction et documentaire sur un mode poétique.Ces instants d’intimité sont comme les bribes de mots d’une histoire décousue. Les tonalités sourdes expriment un certain calme dans une atmosphère feutrée, un silence enveloppant qui laisse place à toute la richesse de l’imagination et du rêve.

La démarche de Manuela Marques entretient des similitudes avec la mienne, dans son livre Still Nox, on ressent bien l’hostilité tapie sous les apparences du familier. J’ai également pour référence l’ouvrage Eden de Christophe Bourguedieu, qui raconte un voyage intime tout en restant à distance; notion indispensable au documentaire. Le travail de Rinko Kawauchi est aussi une grande source d’inspiration ; elle parvient à mêler autobiographie et poésie.

J’admire aussi l’oeuvre de William Eggleston pour sa maîtrise de la couleur et le ressenti qui en découle. Les films de David Lynch sont essentiels dans mon apprentissage de la création d’atmosphères, je trouve ses plans fixes captivants bien que ces derniers soient très éloignés d’une démarche documentaire.Cette série est réalisée au moyen format numérique, l’utilisation d’un cadre carré, dans un premier temps, me permet de traduire une fiction qui m’est propre. Par la suite, l’emploi d’un autre format me permet de marquer une rupture.

SHANNON GUERRICO

 
 
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Né à Paris en 1970, Laurent Seroussi est un des photographes les plus créatifs de sa génération. Il a principalement établi son univers à travers les nombreuses pochettes de disques qu’il commença à réaliser dés ses années d’études aux Arts déco de Paris (ENSAD) où il étudie la typographie et le graphisme.

Après s’être brillamment distingué dans ce domaine (en réalisant notamment la couverture du magazine Emigre, pionnier de la typographie moderne, il obtient deux bourses pour étudier successivement au London College of Printing (LCP) de Londres puis à Cooper Union à New York où il s’installe. Il continuera, durant cette période, à réaliser les pochettes de disques d’artistes majeurs en France et également des visuels pour le label de Jazz Verve à New York en tant que directeur artistique. Le monde de la musique, sensible à sa perception, lui confie la création des univers visuels d’Arthur H, Alain Bashung, Jeanne Cherhal, Mass Hysteria, M, NTM, No One Is Innocent, Thiéfaine, Renan Luce, ou encore Zazie…

Bientôt son travail est repéré par les agences de publicité françaises pour la force de ses visuels et sa capacité à communiquer des concepts.

Également réalisateur de clips depuis 1995, il sera récompensé de nombreuses fois aussi bien pour ses images fixes que pour ses films. Il continue aujourd’hui à créer des visuels pour le monde de la musique, de la publicité, ainsi que des séries destinées à des expositions.

La galerie Annie Gabrielli est particulièrement fière de présenter l’une de ces séries, encore inconnue du public.